jeudi 25 juin 2015

Mohamed-Ali, un imam en uniforme


CONCOURS EDJ SCIENCE PO - JDD - Mohamed-Ali est aumônier en chef adjoint du culte musulman pour l’armée de terre. Il a rejoint les troupes françaises au Tchad en janvier dernier. Tous les vendredis, il prononce le prêche du culte musulman à la petite mosquée installée au cœur du camp.  Il s'agit du 1er prix du concours EDJ Science Po - JDD pour l'année 2015. 

Mohamed-Ali, aumônier musulman, engagé dans l’opération française de lutte contre le terrorisme (opération Barkhane) au Sahel, en avril 2015. (DR.)

Le rendez-vous est fixé sur Skype. Mohamed-Ali, qui a rejoint les troupes françaises au Tchad en janvier dernier, affiche un grand sourire qui estompe rapidement les kilomètres entre Paris et Ndjamena. De l’uniforme à la posture, l’attirail militaire est au complet ; pourtant, un détail fait mouche... Sur son buste, entre les agrafes des médailles et le drapeau français, un insigne évoque la singularité de sa fonction : le croissant de l’islam y est brodé, entre deux rameaux d’olivier. Un symbole loin de passer inaperçu sur l’uniforme de celui qui représente l’Etat français et sa laïcité.
Mohamed-Ali est aumônier en chef adjoint du culte musulman pour l’armée de terre, placé auprès du chef d’état major des armées. Comme lui, ils sont 236 aumôniers au sein de l’armée française. Parmi eux, on compte 143 aumôniers de confession catholique, 38 musulmans, 34 protestants et 17 israélites. Si les pratiques et les croyances divergent, tous ont en commun la volonté de représenter leur religion sur le terrain et d’apporter leur soutien spirituel aux combattants.
Le militaire s’empare d’une djellaba immaculée et d’un coran rouge relié : "dès le mercredi, je me mets en condition ; je réfléchis au thème que je vais aborder dans mon prêche." Diplômé d’un Master en communication politique, celui qui se décrit comme un "homme de scène" use avec subtilité de son art oratoire, reformulant les questions de son interlocuteur. Tous les vendredis, Mohamed-Ali prononce le prêche du culte musulman à la petite mosquée installée au cœur du camp.

Une fonction aux facettes multiples

Ce jour-là, l’aumônier est de retour d’une mission de développement de projet aux profits des populations locales dans les villages du désert de Borkou, dans le nord du pays. Psychologue, envoyé humanitaire et diplomate, il assure tour à tour fonctions religieuses et conseil au commandement : "C’est le côté multi-facettes de notre métier, on passe d’une casquette à une autre selon le contexte", affirme l’officier.
Créée en 2005, l’aumônerie musulmane affiche une volonté de répondre au droit, pour tous les militaires, de pratiquer leur religion sur le terrain. À l’heure où l’islam est miné par les amalgames, elle est aussi et surtout un choix politique. Dès 2006, le premier aumônier musulman est nommé : Abdelkader Arbi, ancien chimiste devenu imam, premier chef de cette nouvelle institution. Pour construire les bases de l’aumônerie, le nouveau directeur recrute dix aumôniers. Impliquée dans la lutte antiterroriste, la gendarmerie nationale les refuse tous pour cause d’une adhésion active au sein de fédérations musulmanes relevant de chancelleries étrangères.
Il faut alors trouver des profils plus neutres. La candidature de Mohamed-Ali, taillé sur mesure pour le poste, est alors proposée : "Je suis un Français pur jus, autodidacte, indépendant de toute influence politique." C’est presque trop beau : l’homme allie excellence académique, étude approfondie de l’islam et charisme naturel. Les autorités voient en lui le candidat idéal pour cette mission atypique : "Notre rôle, en tant qu’aumôniers militaires, consiste à montrer que les Français de confession musulmane peuvent être de parfaits citoyens", affirme Mohamed-Ali. "Être ambassadeur d’une religion au nom de l’Etat, vous imaginez la mission qui vous est confiée?!"

Basculements


Pourtant, la religion n’a pas toujours été une évidence pour celui qui témoigne de la liberté de culte au sein de l’armée française. Avec le recul, l’aumônier décrit d’ailleurs son cheminement vers la foi en plusieurs "déclics". Né à Dreux, de parents tunisiens, il a été élevé dans un cadre laïc, loin des traditions religieuses de ses aïeux. La maison familiale jouxte même l’église de la ville. "J’avais 17 ans lorsque j’ai réalisé que j’étais entouré de jeunes également issus de l’immigration mais qui, eux, avaient grandi dans la tradition religieuse musulmane?", se souvient Mohamed-Ali. C’est pour combler un vide identitaire qu’il s’inscrit à des cours en sciences islamiques : "Ma foi part du désir d’apprendre", reconnaît-il. "Mon approche de l’islam était purement au départ théologique."
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