dimanche 15 novembre 2015

L’Islam n’est ni modéré ni radical



Après l’amalgame créé et nourri à dessein entre l’Islam et le terrorisme, on entend et on lit aujourd’hui un peu partout dans le monde aussi bien chez certains musulmans que chez les non musulmans, une certaine volonté ou tendance à vouloir faire la promotion d’un «Islam modéré» contre un «Islam radical».
Or, l’Islam est «UN» dans son essence et ses sources, provenant d’un même Seigneur, Créateur, Maître, Législateur et Administrateur de l’Univers et prenant ses enseignements et préceptes des mêmes sources dont le Noble Coran, l’Authentique Sounnah ou Pratique du Prophète Mouhammad prière et salut d’Allah sur lui et le consensus (Idjmâ’) des savants qualifiés en la matière; il ne peut être qualifié ni de modéré ni de radical mais ses adeptes (les musulmans) peuvent être qualifiés de «modérés » ou de « radicaux » en fonction de leur compréhension et de leur pratique de cet Islam.
En réalité, le Radicalisme, l’extrémisme et le terrorisme ne sont pas spécifiques à la couleur ni à la religion ni à la nationalité et encore moins aux temps et aux lieux bien qu’ils varient dans leur intensité, leur apparition, leurs moyens de propagation et leurs conséquences, d’une société à une autre et d’une époque à une autre. Ce sont des phénomènes ou maladies de société qui frappent l’Humanité car les sociétés à l’instar des corps humains tombent malades et certaines de leurs maladies ont des conséquences désastreuses sur tout le tissu social humain. Le Radicalisme fait sans doute partie de ces maladies de société qui appellent l’engagement de tous en vue de leur trouver des solutions radicales ou au moins atténuantes.
Le terme «Radicalisation» signifie l’action de se radicaliser comme le définissent les différents dictionnaires.
Contrairement au terme «Radicalisme» qui est une doctrine bien connue, ce terme «Radicalisation » sous-entend plutôt un processus d’enracinement d’une doctrine que la doctrine elle-même.
C’est pourquoi il est difficile de lui trouver une définition technique dans les dictionnaires classiques à part la définition suivante (trouvée sur Internet):
الجذرية:  مذهب  سياسي  اجتماعي  (أو ديني)  متطرف يميل إلى إحداث تغيير جذري  عنيف  في  الأنظمة   السياسية   أو  الاجتماعية   (أو الدينية)   القائمة.    و يعرف ب «الراديكالية«
La «Radicalisation » est une doctrine politique, sociale (ou religieuse) extrémiste qui tend à opérer par la violence des changements radicaux (profonds) dans les systèmes politiques, sociaux (ou religieux) en vigueur.
On voit clairement à partir de cette définition que la «Radicalisation » ne concerne pas seulement le domaine religieux et que sa principale caractéristique est l’usage de la violence pour l’instauration des changements envisagés.
Cependant, il est difficile de savoir exactement comment la radicalisation religieuse s’opère car le plus souvent c’est devant l’évidence des faits ou des événements que l’on se rend compte qu’un tel est Radical à la surprise générale de ses parents, de ses voisins, de ses amis et camarades. On constate de plus en plus que la Radicalisation a lieu chez les nouveaux convertis plus que chez les musulmans de naissance bien que ces derniers sont le plus souvent à la base de la radicalisation des premiers (Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es).
Les Radicaux religieux (musulmans en particulier) ont quelques points de ressemblance notamment:
1- Le passé sombre entaché soit de délinquance comportementale soit d’atteinte à la vie des autres comme c’est le cas de la plupart des djihâdistes actuels. Ils sont en effet pour la plupart soit des convertis ayant abandonné la vie de débauche soit des combattants pour des causes politiques. Alors pour se racheter -selon eux-, ils se lancent dans le soi-disant djihâd se berçant d’illusion que c’est la voie de leur salut terrestre et céleste.
2- L’ignorance de l’Islam si bien que n’importe quel orateur est capable de les endoctriner et de les amener à s’allier à sa cause.
 3- Le jugement extrême porté sur autrui qui les pousse d’une part à angéliser voire déifier leurs chefs et à les traiter d’infaillibles et d’autre part à voir l’égarement de tous ceux qui n’adoptent pas leur vision ou position et par conséquent à les traiter de mécréants d’où la licéité (licité) de l’écoulement de leurs sangs et de l’accaparement de leurs biens.
La Radicalisation Religieuse s’effectue donc selon un processus graduel commençant par l’endoctrinement et se terminant par le djihâdisme aveugle. Cet endoctrinement se fait par le truchement de plusieurs supports qui véhiculent les mauvaises idées, entre autres:
1- La lecture d’un livre
2- La fréquentation des extrémistes
3- La fréquentation d’un site Internet qui fait l’éloge du djihâdisme
4- L’écoute d’une cassette audio ou vidéo qui fait l’éloge du djihâdisme
5- L’échange des messages avec ceux qui sont tombés dans le filet du djihâdisme
6- Le lavage de cerveau
7- La drogue
En suivant de près les nouveaux convertis, on peut facilement détecter les signes de la Radicalisation Religieuse chez eux, mais celle-ci n’a pas partout les mêmes signes de manifestation car ses signes dépendent des moyens et méthodes dont disposent ses partisans dans chaque société. Cependant de façon générale, les signes suivants sont communs à tous les religieux radicaux: 
1- Le refus catégorique de tout compromis avec leurs opposants.
2- L’usage de la violence aveugle pour chercher à faire valoir leurs revendications.
3- Le discours religieux centré sur le Djihâd et ses mérites.
4- L’éloge de ceux qui attentent à la vie des autres à travers le monde.
5- La dénonciation continue des comportements des autorités (religieuses et politiques) nationales et/ou étrangères.
6- Le refus de toute cohabitation et de toute relation du musulman avec le non musulman en dehors du rapport des forces.
(Extrait en grande partie de notre document:
«Radicalisation, extrémisme violent et déradicalisation»
Contribution de Cheikh Boureima Abdou Daouda
(Président de la Ligue des Oulémas, Prêcheurs et Imâms des Pays du Sahel
Conseiller Spécial du Premier Ministre pour les Affaires Religieuses
Imâm de la Grande Mosquée Centrale Almoustapha à l’Université de Niamey)
A l’atelier de formation organisé par le Centre Africain des Etudes et de Recherche sur le Terrorisme (CAERT) en coopération avec le Comité des Services de Renseignements et de Sécurité Africains (CISSA)
Brazzaville, du 1er au 3 décembre 2014


C’est contre cette Radicalisation qu’il convient de lutter partout plutôt que de chercher à diviser l’Islam en modéré et radical.
La lutte contre la Radicalisation religieuse ou contre l’extrémisme violent se fait par les sept voies primées ci-après:
1)    la voie Politique,
2)    la voie «Renseignements»,
3)    la voie Idéologique,
4)    la voie Militaire,
5)    la voie Educative,
6)    la voie Economique 
7)    et la voie Sociale.

On constate un peu partout que l’accent a beaucoup été mis sur les voies Nos 1, 2 et 4 (politique, renseignements et militaire) en défaveur des quatre autres voies (idéologique, éducative, économique et sociale) malgré leur importance.
(Voir notre allocution à l’ouverture du troisième atelier de la Ligue des Oulémas, Prêcheurset Imams des Pays du Sahel, tenu du 3 au 4 novembre 2015 à Alger sous le thème: «Les expériences religieuses des pays du Sahel dans la lutte contre le phénomène de la radicalisation et de l’extrémisme violent».

Qu’Allah nous protège davantage ainsi que nos pays et nous aide à voir clair pour agir clair! Amîn!
Cheikh Boureima Abdou Daouda
Niamey, le 15 novembre 2015

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